Cette compréhension erronée de la suprématie blanche, qui est habituellement décrite comme étant constituée de groupes marginaux et violents, et non comme le système politique sur lequel est fondé l’occident depuis les 500 dernières années, est toujours présente. Le terme « suprématie blanche » ne permet pas de comprendre l’étendue de la violence globale et quotidienne endurée par les populations noires et autochtones. L’utilisation du terme « culture de la suprématie blanche » est préférable si nous voulons comprendre et saisir l’ampleur de cette violence blanche, plutôt que d’y penser seulement lorsque nous parlons de groupes suprémacistes blancs et marginaux. Cette suprématie blanche est tellement normalisée qu’il est préférable de parler de la culture de la suprématie blanche.

Comprendre les caractérisques de la culture de la suprématie blanche, exposées par le docteur Tema Okun, est fondamental pour admettre que cette culture toxique est normalisée et omniprésente dans les institutions, le milieu universitaire, les mouvements sociaux, nos relations quotidiennes…

Parce que le colonialisme est un processus extrêmement complexe et intrusif, le définir et exprimer la profondeur de sa brutalité a été une lutte aussi difficile que la lutte sociopolitique pour s’en libérer […] Ce n’est que dans le domaine de la suprématie blanche que de telles exploitations et abus peuvent se poursuivre pendant 500 ans (Vivianne Saleh-Hanna; Colonial System Of Control). La criminologie interdit aux étudiants de considérer la justice comme possible au-delà des limites et des oppressions de la suprématie blanche, de l’hétéropatriarcat et du colonialisme (Vivianne Saleh-Hanna; Abolish Criminology).

Lorsque cette culture est normalisée, elle devient invisible et difficile à identifier. Cette culture de la suprématie blanche est tellement valorisée qu’elle a une incidence sur nos comportements, sur nos façons d’agir, de réfléchir.. Le démantèlement de cette culture de la suprématie blanche nécessite avant tout une prise de conscience de son omniprésence dans toutes nos relations. Les personnes qui souhaitent agir en faveur des droits et de la justice des personnes handicapées doivent comprendre comment cette oppression envers les personnes handicapées est profondément liée à cette culture de la suprématie blanche. La reconnaissance des caractéristiques de cette culture, qui ont été invisibilisées, peuvent aider à sa perturbation et à la création d’espaces beaucoup plus inclusifs. Le travail consiste donc à apprendre à reconnaître ces caractéristiques, car si nous ne pouvons pas les identifier, nous ne pouvons pas les perturber. Le démantèlement de cette culture toxique de la suprématie blanche doit commencer par la reconnaissance de son existence, de sa normalisation et de sa standardisation.

Il faut commencer par comprendre la différence entre la suprématie blanche socialement acceptable et institutionalisée, la suprématie blanche inacceptable ouvertement violente et marginale et la caste de la suprématie blanche.

Le site original: White Supremacy Culture ou La culture de la suprématie blanche dans nos organisations (version FR). Voir aussi le Glossaire pour en savoir plus sur la (culture de la) suprématie blanche (WSC).

Ces descriptions sont basées sur des interprétations du site de Tema Okun (2021).

La peur
La WSC exploite la peur de ne pas appartenir, de ne pas être à la hauteur. Dans la WSC, la peur est utilisée pour déconnecter, manipuler et perpétuer la stratégie coloniale de division et de conquête pour servir le bénéfice et les profits de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. (Okun 2021, 2022)

Sentiment d’urgence
Dans la WSC, l’urgence se manifeste par une insistance déséquilibrée sur l’opportunité et l’efficacité, souvent au détriment de l’inclusion et de l’équité. L’urgence renforce le privilège de ceux qui pensent et bougent rapidement et décourage la réflexion et la connexion avec notre corps. La rapidité est caractérisée comme intrinsèquement meilleure, quelle que soit la qualité du résultat. (Okun 2021, 2022).

Le sentiment d’urgence privilégie les actions à effets et résultats rapides et ne peuvent pas travailler à l’inclusion qui nécessite de réfléchier à des résultats sur le long terme et de prendre en compte les conséquences de ces décisions. Ces actions maintiennent et renforcent les hiérarchies.

Perfectionnisme
Une croyance selon laquelle la « perfection » est à la fois atteignable et souhaitable. Les erreurs sont considérées comme des échecs personnels, plutôt que comme des opportunités de découverte et d’apprentissage. Tendance à identifier les défauts ou les problèmes sans apprécier ce qui est juste ou fonctionne bien. (Okun 2021, 2022)

Une seule bonne façon
Tendance à maintenir l’attachement au protocole, à la tradition et à une manière « correcte » de faire et d’être. Cela se manifeste par l’hypothèse qu’une communauté doit s’assimiler à la culture dominante, y compris l’utilisation de la langue, la relation avec le temps et les manières de s’habiller. (Okun 2021, 2011)

Déni et attitude défensive
Revendiquer le droit de définir ce qui est et n’est pas une oppression, parfois caractérisée par un refus d’accepter l’affirmation d’un autre de la présence de la suprématie blanche de l’oppression dans un espace. Se manifeste par une focalisation sur la protection du pouvoir plutôt que sur la résolution des préjudices, en nommant l’intention au lieu de reconnaître l’impact. (Okun 2021, 2022)

La défensive est visible lorsque les personnes refusent de parler de leurs nombreux privilèges, où quand il devient risqué de dire des vérités à des personnes privilégiées qui assimilent les critiques à des menaces. Ces personnes insinuent que critiquer c’est diviser, alors que les conflits sont des opportunités qui permettent de construire et de réfléchir à l’entraide. Le déni de la reconnaissance de l’héritage actuel de la suprématie blanche, afin d’effacer ou minimiser cet héritage historique, institutionnel et structurel des inégalités. La suprématie blanche (et ses privilèges) est souvent considéré comme un système de déni. Les personnes privilégiées doivent comprendre que la discrimination – envers les personnes qui ne peuvent pas satisfaire les normes corporelles – est un conditionnement. Un changement nécessite cette prise de conscience de cette construction sociale et de l’héritage historique du pouvoir structurel.

Prise de décision binaire et soit/ou (Either/or thinking)
Considérer les incidents, les expériences et les personnes comme bons ou mauvais, sans nuance. Considérer les incidents d’inégalité comme des événements isolés, plutôt que systémiques. Croyance et pratique de la simplification des choses complexes et de la formulation des problèmes comme ayant une « bonne » ou une « mauvaise » réponse. (Okun 2021, 2022)

La pensée soit/ou, également connue sous le nom de logique dualiste, est une manière de penser héritée du christianisme primitif. Cela suppose que dans toute situation, il n’y a qu’une seule vérité et que toute autre perspective est fausse. Il ne croit pas que les contradictions internes et les possibilités de transformation existent dans la plupart des situations. Il ne croit pas qu’il puisse exister de nombreuses perspectives sur une situation, chacune ayant une part de vérité. La pensée binaire est un désinvestissement dans des actions ou des pensées alternatives qui nécesssitent plus de temps pour s’adapter à des phénomènes complexes. Une tendance à simplifier des concepts complexes, en particuluer quand il s’agit des personnes pauvres, marginalisées..

Peur du conflit ouvert et droit au confort
La politesse est valorisée par rapport à l’honnêteté. L’intériorisation de l’idée que le confort de chacun est de la plus haute importance et que l’inconfort et le conflit ne peuvent être tolérés. (Okun 2021, 2022). Ex: je ne veux pas bouleverser l’espace de travail.

La peur du conflit ouvert qui consiste à fuir la confrontation, à l’ignorer et consiste à blâmer une personne qui soulève un problème qui créé de l’inconfort plutôt que de chercher à le résoudre. Le droit au confort est la conviction que les personnes qui ont des privilèges méritent un accès au réconfort psychologique et émotionnel, tout en faisant des boucs émissaires les « autres » qui sont la source de cet inconfort.

Le progrès est plus important/la quantité plutôt que la qualité
Cela se voit dans la façon dont nous définissons le succès. Une concentration sur l’étendue plutôt que sur la profondeur, la quantité plutôt que la qualité, plutôt que sur la croissance, l’apprentissage et l’approfondissement des relations. Les livrables transactionnels sont classés au-dessus de l’engagement significatif ou des objectifs qualitatifs. (Okun 2021, 2022)

Individualisme
Le mythe selon lequel les individus réussissent de manière indépendante, sans aide, en se tirant d’affaire par leurs propres moyens. L’accent est mis sur des leaders charismatiques uniques ou sur des réalisations individuelles plutôt que sur des définitions collectives du succès. (Okun 2021, 2022)

L’individualisme est le mythe selon lequel la réussite s’accompli de manière individuelle et indépendante. L’accent est mis sur des leaders charismatiques uniques ou sur des réalisations individuelles plutôt que sur des définitions collectives du succès. (Okun 2021, 2022)

Culte de l’écrit
Les informations et les connaissances qui ne sont pas écrites ne sont pas valorisées. Écrire d’une manière qui dépasse « l’anglais américain standard » est considéré comme incorrect ou moins intelligent. Les manières de savoir et de communiquer en dehors de l’écriture ne sont pas honorées. (Okun 2021, 2022)

Le culte de la parole écrite valorise les personnes qui ont des capacités à communiquer, des compétences solides en documentation. Un refus de reconnaître la connaissance incarnée, sur nos manières d’apprendre au niveau collectif et individuel.

Paternalisme
La capacité de définir le meilleur plan d’action ou de diriger le processus de prise de décision est réservée à ceux qui détiennent déjà le pouvoir. L’accès au pouvoir, notamment sous forme de richesse, est perçu comme la preuve de son bon jugement et de sa qualification à prendre des décisions pour les autres. (Okun 2021, 2022)

Le paternalisme est une pratique qui pousse à penser qu’il est possible de ne pas prendre en compte le point de vue des personnes pour qui les décisions sont prises. Le paternalisme considère que les personnes qui sont en difficulté est lié aux « défauts personnels » de ces personnes qui sont dans le besoin, en considérant que celles qui fournissent de l’aide sont supérieures à celles qui le reçoivent. Ces pratiques consistent à renforcer l’idée qu’il y a des personnes qui ont du pouvoir et d’autres non. Par cette attitude, les personnes qui n’ont plus aucun pouvoir deviennent marginalisées, n’ont plus accès aux décisions qui les concernent alors qu’elles ont parfaitement conscience des impacts de ces dernières.

Objectivité (séparer les émotions de la pensée)
La croyance selon laquelle les émotions sont intrinsèquement irrationnelles et ne devraient pas faire partie de la prise de décision ou du processus de groupe. Attachement à l’idée qu’il existe une chose telle que la « neutralité ». (Okun 2021, 2022)

L’objectivité est une pratique qui refuse de reconnaître la complicité de l’objectivité dans le maintien du statu quo de la suprématie blanche, qui privilégie le « rationnel » plutôt que « l’émotionnel », qui ne tient pas compte des données qualitatives, privilégie une pensée linéaire et « logique » tout en invalidant toute forme de pensée critique et la dévalorisation de l’intélligence émotionnelle.

L’idée est que l’on ne peut pas faire confiance aux personnes handicapées quant à la manière dont leur handicap affecte leur qualité de vie, car on peut s’attendre à ce qu’elles développent des opinions et des préférences subjectives qui rendent leur corps et leur vie indésirables plus supportables.(Berenstein; 2020)

Je suis le seul
Lié à l’individualisme, c’est la croyance que si quelque chose doit être fait correctement, « je » dois le faire. Cela se manifeste par une capacité limitée ou inexistante à déléguer le travail aux autres et à partager le pouvoir. (Okun 2021, 2022)

Qualifié
« Qualifié » se manifeste souvent sous la forme du sauveurisme. C’est l’idée que ceux qui ont de l’argent, un accès à l’éducation formelle, des terres et un pouvoir politique sont qualifiés pour sauver, réparer, aider et améliorer le monde. (Okun 2021, 2022)

Accaparement du pouvoir
Les idées des personnes ayant moins de pouvoir sont traitées comme une menace, la prise de décision est opaque et les ressources sont accaparées en utilisant une logique de « rareté ». Le partage du pouvoir est découragé, car le pouvoir est considéré comme une ressource limitée. (Okun 2021, 2022)

L’accaparement du pouvoir est perceptible lorsque les personne qui ont du pouvoir interprètent les changements structurels comme une menace et supposent que les personnes qui veulent du changement sont trop émotives ou inexpérimentées.